Le colloque organisé par le groupe Pasteur Mutualité sur le thème « Vulnérabilité et souffrance du soignant » a permis de passer en revue toutes les données qui montrent que les soignants sont confrontés à une augmentation des violences à leur encontre et aux menaces croissantes de syndrome d’épuisement. Les organisateurs du congrès ont bien insisté sur le fait que l’analyse devait déboucher sur des propositions concrètes, plusieurs pistes ayant été ouvertes lors du colloque.
QUELQUES CHIFFRES pour illustrer la fréquence des violences faites aux soignants : les délits dont ils sont victimes dans les établissements publics et privés ont augmenté de 21 % entre 2006 et 2007. Un phénomène qui est particulièrement fréquent dans les services d’urgences, les événements indésirables survenant surtout entre 18 heures et 1 heure du matin ; si les insultes et menaces sont majoritaires (55 %), on constate que les coups et blessures représentent tout de même 43 % des événements indésirables.
Dans ces conditions, il faut souligner l’initiative du CHU de Strasbourg, qui a chargé 120 personnes de participer à la sécurité et à la prévention des agressions ; un budget annuel de 840 000 euros permet à la fois la mise en place de mesures organisationnelles et la formation des agents. L’objectif étant de rendre à l’hôpital son statut de sanctuaire.
Prévention et repérage.
Tout aussi préoccupante est l’augmentation des cas signalés de burn out chez les médecins, même si l’on ne peut exclure l’influence, à ce niveau, d’une plus grande vigilance et d’une notification plus fréquente. Une enquête nationale effectuée en 2003 montrait que 14 % des décès de médecins libéraux étaient consécutifs à un suicide, ce pourcentage n’étant que de 6 % dans la population générale. Sans parler de toutes les manifestations psychologiques, les femmes, les psychiatres, les anesthésistes et les généralistes semblant particulièrement exposés.
Bien sûr, ce phénomène est la résultante d’une pression exercée sur les soignants, mais il est tout aussi évident que les stratégies de prévention sont indispensables : il serait donc utile de repérer les fragilités psychologiques chez les étudiants, non pas pour exclure ces personnalités (d’autant que certains font remarquer qu’elles font peut-être les meilleurs médecins), mais pour les aider à affronter les difficultés professionnelles sans dommages. Il faut en tout cas dépister au plus tôt les manifestations de burn out, plusieurs outils pouvant être utilisés, dont le Maslach Burn out Inventory (MBI), qui comprend 22 questions permettant de se tester.
La profession doit pouvoir répondre à la souffrance des soignants quand elle s’exprime et plusieurs initiatives importantes ont été prises par le conseil national de l’Ordre et la CARMF, notamment. Signalons aussi l’initiative de l’Association d’aide professionnelle aux médecins libéraux, qui permet aux professionnels de santé en difficulté psychologique de joindre de façon anonyme des psychologues, cela 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.
Le modèle catalan.
Le programme de soins mis en place par l’Ordre des médecins de Catalogne et le gouvernement régional est sûrement l’outil le plus abouti dans cette politique de prise en charge des souffrances psychologiques des soignants : outre des programmes préventifs et des publications, cette organisation dispose d’une clinique comportant 22 lits et 15 places d’hôpital de jour permettant d’accueillir des médecins et des infirmières ayant besoin d’une prise en charge psychologique. Les soins prodigués sont gratuits, réalisés en toute confidentialité, faisant l’objet d’un contrat thérapeutique signé entre le thérapeute et le malade. Jusqu’à présent, les 1 800 professionnels ont été pris en charge par la clinique, 84 % des cas ayant fait l’objet d’une demande spontanée du patient, les autres correspondant à des pressions de l’entourage. On voit donc bien qu’il s’agit de répondre à un véritable besoin. D’ailleurs le colloque organisé par le Groupe Pasteur Mutualité et les témoignages recueillis sur le site www.souffrancedusoignant.fr montrent les multiples facettes et la fréquence des souffrances endurées par les différents personnels soignants.
› Dr ALAIN MARIÉ
Le Quotidien du Médecin du : 09/02/2009