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Suicide : les médecins représentent une population très à risque
Boston, le mardi 14 juin 2005 - Lorsque les tabous s'émiettent, ils ne dévoilent parfois que certains aspects du problème, gardant sous silence des tendances plus difficiles encore à avouer ou à imaginer. Ainsi, lorsque l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) lance le 10 septembre 2003 la journée mondiale de la prévention du suicide, immédiatement c'est le suicide des jeunes qui est évoqué, quand on sait que c'est plus souvent des personnes âgées qui décident de mettre fin à leur jour. En outre, au cours de ce type de manifestation, les professionnels de santé sont toujours appelés à jouer un rôle essentiel en matière de prévention, d'information et de soins, mais ce n'est que très rarement qu'on s'inquiète de la santé de ces professionnels de santé. Aujourd'hui, cette autre facette du tabou tend également à se craqueler et la détresse psychologique des médecins et infirmières est de plus en plus souvent étudiée.
Le risque de suicide chez les femmes médecins est supérieur de 130 % par rapport au taux observé dans la population générale féminine !
A l'occasion du lancement en Ile-de-France, il y a quelques semaines, par l'Association d'aide professionnelle aux médecins libéraux (Aapml) d'un numéro d'appel à l'intention des praticiens libéraux souffrant d'épuisement professionnel (ou burn out), le Quotidien du médecin rappelait que selon une enquête de 2003 menée par le docteur Yves Léopold (médecin généraliste du Vaucluse), sur 492 décès survenus en 5 ans sur une population de 42 137 médecins actifs, 69 étaient dus à des suicides soit 14 % des causes de décès contre 5,6 % dans la population générale. Un écart comparable a été constaté par le docteur Schernhammer, professeur de médecine à Harvard et au Brigham and Women's Hospital de Boston, auteur d'une tribune sur le suicide des médecins dans le New England Journal of Medicine de ce 16 juin. Il indique que l'analyse des résultats de vingt-cinq études confirme que le risque de suicide chez les médecins hommes est plus élevé de 40 % par rapport au taux de la population générale masculine, tandis que le risque de suicide chez les femmes médecins est supérieur de 130 % par rapport au taux de la population générale féminine. Les femmes médecins se suicident autant que leurs confrères masculins, quand dans la population générale le suicide est plus fréquent chez les hommes que chez les femmes.
Les médecins craignent de consulter
L'AAPML à l'heure d'ouvrir sa ligne téléphonique l'avait rappelé : les médecins et les professionnels de santé en général sont peu enclins à consulter. « Les médecins ont tendance à négliger leur besoin de soins en psychiatrie (...) et ils se montrent plus critiques que la plupart des gens vis-à-vis des autres, mais aussi d'eux-mêmes. Ils se blâment plus facilement lorsqu'ils sont malades », remarque le docteur Schernhammer. Pourtant, les professionnels de santé ne sont pas épargnés par les troubles psychiatriques ; le docteur Schernhammer affirme même que la prévalence de ces troubles serait plus élevée que dans la population générale. La sévérité des médecins vis-à-vis d'eux-mêmes n'explique pas seule cette frilosité à l'idée de consulter ; les médecins craignent également des impacts négatifs sur leur carrière.
Un accès trop facile aux stupéfiants ?
L'alcoolisme et la toxicomanie sont également souvent retrouvés parmi les comportements des personnes suicidaires, dans la population générale, comme chez les praticiens. Un accès plus facile à certains produits stupéfiants expliquerait l'inclination de certains médecins vers la toxicomanie. Certaines spécialités sont particulièrement touchées : les anesthésistes, les psychiatres et les médecins urgentistes. D'autres facteurs plus connus sont également évoqués par le docteur Schernahammer, tel le stress d'une profession qui peut conduire à un certain isolement familial ; or, il a été observé que le célibat ou l'absence d'enfant sont liés à un plus haut risque de suicide.
Le harcèlement sexuel
La situation des femmes est plus particulièrement étudiée par le professeur d'Harvard, qui revient notamment sur la propension à l'alcoolisme des femmes médecins, plus élevée, une fois encore, que dans la population générale. Enfin, ce que les Américains appellent le « harcèlement sexuel » pourrait entrer en ligne de compte pour expliquer le fort taux de suicide des praticiens féminins. Le docteur Schernahammer cite ainsi une étude publiée en 1998 par les Archives of Internal Medecine qui révélait que 37 % des femmes médecins s'étaient senties au cours de leur carrière sexuellement harcelées. L'étude confirmait en outre un lien entre certaines dépressions et les harcèlements sexuels les plus durs. Certaines spécialités où le « pouvoir » masculin est plus important encore seraient particulièrement à risque, telle que la chirurgie ou la médecine d'urgence. Parmi les solutions envisagées par le docteur Schernahammer pour diminuer le risque de suicide chez les professionnels de santé, il conseille la promotion d'une plus grande égalité entre les sexes au sein du corps médical.
www.infirmiers.com Par L.C |
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