Prendre une garde ou conduire : il faut choisir !

Boston, le mardi 11 janvier 2005 - L'obligation pour tous les pays de l'Union européenne de respecter une législation unifiée en matière de temps de travail à l'hôpital, qui limite le nombre d'heures de travail consécutives à 13 heures par jour pour tous les médecins, a suscité de vives critiques chez les états membres. Si l'introduction d'un « repos obligatoire » après une garde fait partie des revendications de tous les résidents du monde, les réglementations européennes ne peuvent prendre en compte la spécificité de chaque pays et ne font parfois qu'accentuer les pénuries d'effectif. Pour autant, une fois n'est pas coutume, ces dispositions, l'Amérique nous les envierait, comme semble en témoigner la conclusion de Laura K. Barger et coll. de la division de la médecine du sommeil du Brigham and Women's Hospital de Boston qui signent un article dans le New England Journal of Medecine du 13 janvier. 

L'Amérique ne compte pas comme l'Europe

Alors que les hôpitaux européens ne veulent plus être ces usines où les internes cumulent les gardes et les journées de travail, dépassant ainsi facilement 30 heures consécutives, l'Amérique n'a pas abandonné ce schéma. L'Accreditation Council for Graduate Medecine Education continue en effet à autoriser ces gardes de plus de 30 heures comme le notent Laura K. Barger et coll. Une enquête réalisée par la division de la médecine du sommeil et le Channing Laboratory du Brigham and Women's Hospital et la division de la médecine du sommeil d'Harvard auprès de 2 737 internes d'avril 2002 à mai 2003 révèle combien les journées et les nuits des résidents américains en première année sont harassantes. Les carabins étaient invités à remplir fréquemment un questionnaire sur internet. Les auteurs de l'étude ont pu réunir 19 740 formulaires, dont 1 538 avaient été remplis scrupuleusement chaque mois. Ils ont pu noter que dans 275 cas, les internes évoquaient des temps de travail consécutif de plus de 40 heures. L'extrapolation de ces résultats semble montrer que le nombre de journées de travail excédant les 40 heures s'élève à 20 000 par an pour environ 102 557 carabins. Au-delà de ces situations, finalement pas toujours exceptionnelles, les résultats de l'étude montrent que les internes américains passent environ 70,7 heures à l'hôpital chaque semaine (+ ou - 26 heures), pendant lesquelles ils sont en éveil pendant plus de 67 heures, auxquelles s'ajoutent quelques moments d'étude en dehors de l'établissement. Le nombre moyen de gardes effectuées chaque mois est de 3,9 ce qui représente 32 heures environ. Dans 86 % des cas, ces gardes sont faites sans qu'un médecin diplômé ne soit présent. 

Les internes doivent rester sur leur garde pendant la conduite

L'impact de ces longues journées de travail et du manque de sommeil qui y est inévitablement lié sur la sécurité des patients et l'augmentation du nombre d'erreurs médicales a déjà été étudié, révélant l'importance de limiter ces plages d'activité interminables. Aujourd'hui, Laura K. Barger et coll. ont voulu déterminer leur lien avec le risque d'être victime d'un accident de la route. Les internes devaient ainsi signaler s'ils avaient été impliqués dans de tels accidents. Les internes motorisés (69 %) devaient fournir des renseignements sur d'éventuels accidents de voiture, sur des incidents évités de justesse, sur leur endormissement en conduisant, ou à l'arrêt. Les personnes ayant indiqué avoir été victimes d'un accident de voiture devaient en fournir la preuve et dans 82 % des cas des documents ont été obtenus par les auteurs de l'enquête. Il est ainsi apparu que le risque d'être impliqué dans un accident était multiplié par 2,3 après un long temps de travail (journée de travail + garde) par rapport à celui observé après une journée « normale », tandis que le risque d'être « au bord » de l'accident était multiplié par 5,9. Chaque garde supplémentaire réalisée dans le mois correspond à une progression du risque d'être victime d'un accident de voiture de 9,1 %. Enfin, les internes ayant accumulé cinq gardes ou plus pendant un mois présentaient un risque supplémentaire de s'endormir en conduisant (multiplié par 2,39) et à l'arrêt (multiplié par 3,69) par rapport à ceux ayant limité ce type d'exercice ! 

Les carabins se pensent invulnérables

Pour limiter ce risque et parce que dans plusieurs états la législation rend responsable l'employeur lorsqu'un de ses salariés est impliqué dans un accident de la route après une journée de travail si longue qu'elle a nui à son sommeil, certaines facultés, comme le département de chirurgie de l'université du Michigan proposent à leurs étudiants fatigués des bons de taxi gratuits. Malheureusement ces offres sont parfois boudées par des carabins qui se trompent parfois sur leur réelle capacité à affronter la route après des nuits sans sommeil.

www.infirmiers.com Par A.H
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