Paris, le vendredi 18 janvier 2008 – Rachat des jours stockés dans les comptes épargnes temps (CET), grève des urgentistes, relance des débats autour d’une directive européenne sur le temps de travail des médecins : plusieurs faits d’actualité ont permis ces dernières semaines d’évoquer la qualité des conditions de travail des praticiens hospitaliers. C’est dans ce contexte que sont publiés les premiers résultats de l’étude « Santé et satisfaction des médecins au travail », lancée en mars 2007.
Travailler plus : c’est déjà fait !
A partir d’un échantillon représentant 1 000 médecins et pharmaciens, parmi les 2 800 personnes ayant déjà répondu aux questionnaires (quand les instigateurs espèrent cibler au total 40 000 praticiens !), des premiers résultats ont été présentés ce 16 janvier qui concernent notamment la fameuse question du temps de travail. Alors qu’un plafond hebdomadaire de 48 heures de travail s’impose aux praticiens et qu’une directive européenne en préparation, mais très discutée, n’exclut pas de faire disparaître ce seuil, l’enquête révèle qu’il est déjà fréquemment dépassé. En effet « la durée moyenne de travail rapportée en additionnant la durée selon le statut ou le contrat et les heures supplémentaires (déclarées ou non) est de 51,97 heures ». En outre, il apparaît que seuls 13,1 % des praticiens ont la chance de travailler moins de huit heures par jour, tandis qu’une majorité de médecins et de pharmaciens (33 %) indique passer entre 9h et 10h en blouse blanche. Cette situation peut faire le lit d’un certain burn-out (13,5 % des personnes interrogées présenteraient un score élevé d’épuisement professionnel !), mais n’entame pas la fierté des praticiens face à leur métier. Il apparaît en effet que 80,5 % des sondés se déclarent plutôt ou tout à fait fiers d’être « soignant » ; l’appartenance à l’institution hospitalière est pour sa part moins souvent revendiquée : elle n’inspire un sentiment de fierté qu’à 57,3 % des praticiens.
Pénibilité
Parmi les résultats qui ont particulièrement retenu l’attention des organisateurs de l’enquête, dont le docteur Madeleine Estryn-Behar est la directrice scientifique, figure le fait que 65,2 % des praticiens estiment que « le soutien psychologique reçu au travail » est « insatisfaisant ». Par ailleurs, alors que le président de l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF) ne cesse de demander une meilleure reconnaissance de la « pénibilité », il pourra s’appuyer sur le fait que 51 % des médecins et pharmaciens hospitaliers dénoncent leurs « conditions physiques de travail ».
Le temps : élément fondateur de la relation avec le patient
D’autres indicateurs témoignent de la frustration ressentie quotidiennement par le manque de temps : 45,5 % évoquent ainsi « leur insatisfaction quant à leurs possibilités de donner aux patients les soins dont ils ont besoin », tandis que 24,1 % affirment « n’avoir presque jamais ou rarement assez de temps pour parler aux patients ». Cette situation est source d’inquiétude : 58,6 % des praticiens se déclarent « préoccupés par la crainte de faire des erreurs ». Liées à la frénésie de l’activité hospitalière, ces tensions pourraient également trouver leur origine dans la violence de certains patients et de leurs familles : 28,9 % des médecins et pharmaciens « déclarent avoir été l’objet de violence des patients ou de leur famille au moins une fois par mois » au cours de l’année écoulée.
Satanée administration
L’enquête apporte enfin plusieurs renseignements sur les relations entre les médecins et les autres agents hospitaliers. Elles apparaissent majoritairement bonnes et se révèleraient principalement « hostiles et tendues » avec les cadres infirmiers supérieurs (difficultés évoquées par 30,5 % des répondeurs) et avec l’administration (42,5 %). Enfin, soulignons que si 2,5 % des praticiens rêvent au moins une fois par jour de jeter leur blouse, cette pensée n’effleure jamais ou très rarement 85,7 % des médecins.
www.infirmiers.com Par A.H