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Conditions de travail des infirmières : la France devrait prendre exemple sur l'Europe
Rouen, le jeudi 16 décembre 2004 - Pour apaiser les inquiétudes de ceux que les perspectives de démographie médicale angoissent tout particulièrement, certains observateurs optimistes n'ont de cesse de rappeler que le nombre de médecins par millier d'habitants en France est aujourd'hui l'un des plus élevés d'Europe. La situation est bien moins reluisante en ce qui concerne les infirmières. Les chiffres rappelés à l'occasion du séminaire du Groupe de Recherche et d'Applications Hospitalières qui se déroulait ce vendredi à Rouen révèlent en effet que l'on compte 13,5 infirmières pour 1 000 habitants en Finlande et encore 9,5/1000 en Allemagne, mais seulement 5,9/1000 en France. L'une des premières explications avancées par les experts présents résiderait dans le fait que les infirmières sont beaucoup plus impliquées dans l'Europe du Nord dans des programmes de santé publique qui sont du reste beaucoup plus développés. Conclusion de Michelle Bressand, directrice des services de soins de l'Assistance publique des hôpitaux de Paris (AP-HP) : « Il y a donc une place à prendre en santé publique ».
La France mauvais élève européen
Les participants au séminaire auront surtout retenu que la pénurie d'infirmières constatée en France depuis plusieurs années ne risque guère de se résorber tant que leurs conditions de travail ne s'amélioreront pas. La conclusion de l'enquête du docteur Madeleine Estryn-Behar (Hôtel Dieu), menée en 2002 dans le cadre d'une vaste étude européenne sur les raisons de sortie anticipée de la profession d'infirmière, est en effet sans appel : la France connaît une situation dégradée par rapport à ses voisins européens, sur lesquels elle devrait prendre exemple. Des infirmières des régions Rhône-Alpes et Languedoc-Roussillon (choisies pour leur proximité avec la frontière), mais aussi de Poitou-Charentes, de Haute-Normandie et d'Ile de France (pour ses nombreux instituts de formation) ont été interrogées. Le panel était composé de 38 800 personnes.
Aimer son métier c'est aimer le faire bien
Quelles raisons inciteraient ces infirmières qui considèrent pour 86,9 % d'entre elles leur métier comme noble et dont elles peuvent être fières à quitter prématurément leur profession ? La première cause invoquée est la crainte de commettre des erreurs. Madeleine Estryn-Behar a ainsi relevé de nombreux témoignages qui montrent la frustration des infirmières face au manque de formation et au peu de temps passé avec les patients. Elle cite ainsi une infirmière des urgences qui se confie : « Je suis très motivée par mon métier (...) toutefois j'ai parfois l'impression de ne pas l'exercer pleinement. En effet la charge de travail est telle que je n'ai pas toujours le temps de discuter avec le patient et surtout de l'écouter. Je pense donc que la relation soignant/soigné est parfois négligée ».
Lombalgies : mal de tous temps pour les infirmières et les aides-soignants
La pénibilité physique est également une des principales raisons qui pourraient pousser les infirmières à quitter leur profession. « La posture debout quasi constante est encore générale, en France, pour tous les soignants auprès des malades. Ils sont debout six heures et plus pour 83,2 % des aides soignants, 68,6 % des infirmières et 65,5 % des infirmières spécialisées, contre 24,3 % des cadres », note Madeleine Estryn-Behar. En outre, près de 31 % des infirmières « doivent coucher des patients et 25,4 % les soulever sans aide mécanique plus de 5 fois par jour ». Autant de tâches qui entraînent d'importantes lombalgies. Des solutions existent comme le note le professeur Jean-François Caillard, chef du service de médecine du travail et des maladies professionnelles du CHU-Hôpitaux de Rouen, co-responsable de l'enquête : « Les dispositifs d'aide à la manutention sont plus développés en Norvège, aux Pays-Bas et en Grande-Bretagne et se tradusisent pas moins de malades du dos ».
Le casse-tête des tableaux d'horaires
Enfin, l'enfer des changements d'horaires est évoqué par de très nombreuses infirmières. La quasi impossibilité de les négocier et les trop fréquents changements qui y sont apportés ne font qu'aggraver le sentiment de malaise des infirmières. Michelle Bressand constate que « les jeunes infirmières ne vont plus à l'hôpital. Elles choisissent l'intérim ». Encore une fois, l'Europe montre que des solutions sont possibles. « Les horaires variables très organisés des établissements néerlandais se traduisent par une grande satisfaction des intéressées », constate le professeur Caillard.
www.infirmiers.com Par L.C |
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