Prévenir pour mieux guérir


Face aux incivilités et aux agressions qui se multiplient, les libéraux s’organisent et testent différents outils.

Un médecin aurait à redouter trois agressions, au moins, au cours de sa carrière. Et certains d’entre eux, installés en centre ville ou dans les zones dites sensibles, ont statistiquement plus de risques d’encourir les foudres de patients eux-mêmes sous pression ou victimes de violences institutionnelles. Si aucune solution ne constitue la panacée, quelques pistes méritent d’être signalées.
«  On sait que le refus est susceptible d’engendrer un conflit. Des techniques de communication existent pour apprendre à dire non sans braquer. Il faut apprendre à refuser, pouvoir expliquer à son patient la cause du refus », plaide Patrick Bouet, ancien président du conseil de Seine-Saint-Denis.
 «  Il n’y a pas de réponse universelle, mais des attitudes, des habitudes à prendre : le soir, refermez la porte du cabinet, soyez vigilants lorsqu’en fin de consultation vous avez un patient que vous voyez pour la première fois, ce sont de petits moyens…mais cela suffit la plupart du temps », relève Edgar Fellous, son successeur au Cdom de Seine-Saint-Denis, qui a développé par ailleurs toute une série d’outils et de mesures.

Un livret de sécurité pour les médecins de Seine-Saint-Denis

Cette instance ordinale a notamment élaboré un livret de sécurité à l’intention de ses membres, pour regrouper les suggestions données oralement à chaque médecin victime, lui faire «  prendre conscience de certaines situations et souligner notre préoccupation », expose Edgar Fellous.
Il faut dire que le nombre de généralistes installés baisse depuis 2000, et que le 93 est le département qui a la plus faible densité de généralistes de France.
  Accessible sur le site du Cdom, la dernière version de ce document pratique – réactualisé en avril 2007 – récapitule les règles de sécurité à adopter au sein du cabinet, celles à suivre lors des visites à domicile. Les auteurs du guide conseillent notamment d’éviter tous signes extérieurs d’appartenance professionnelle. Exit le caducée, prière de ne pas laisser traîner Panorama du Médecin sur la banquette arrière. Depuis 2006, le vol à la portière – en augmentation – fait l’objet d’une rubrique propre. « Il nous a paru important de le mettre en avant. Même si ce type d’agression n’est en rien spécifique aux médecins. »
  Le livret revient également sur la conduite à tenir en cas d’agression, les suites à donner, les numéros de téléphone à connaître. En annexe figurent les noms des conseillers ordinaux en charge de ces questions et des policiers référents au sein des différents commissariats du 93. «  Plusieurs confrères ont testé leur disponibilité, et ça marche », observe Edgar Fellous. Afin d’accompagner les victimes dans leurs démarches, le Conseil propose de porter plainte et se constitue partie civile lorsque c’est possible ( un dépôt de plainte avec partie civile en 2007).

Une ligne téléphonique dédiée

Au sein de ce même département, la Direction départementale de la sécurité publique ( Ddsp) a mis en place une cellule chargée entre autres d’étudier les mesures à adopter pour éviter toute agression ou récidive. Cette cellule est à même d’expertiser (gratuitement) les locaux médicaux afin d’établir des recommandations susceptibles d’améliorer la sécurité de ceux-ci.
Lors d’une réunion organisé le 4 Octobre 2007 par le Cdom sur le thème de la qualité de l’exercice professionnel, le commissaire divisionnaire Degas a rappelé la « disponibilité de ses hommes » et l’existence d’une ligne téléphonique dédiée. «  Jusqu’à présent, nous ne savions pas trop comment l’utiliser, avoue Edgar Fellous. Lors de la réunion, le commissaire a insisté sur le fait que n’importe quel médecin pouvait l’actionner. Il s’agit d’une ligne directe qui aboutit à l’état-major du département. En cas de problème, une voiture est rapidement sur les lieux. »

Une escorte policière

Que la police intervienne rapidement en cas d’alerte donné par le médecin est une chose, qu’elle le précède ou l’accompagne en est une autre. Christophe Prudhomme, médecin au Samu 93, porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France (Amuf), a sa petite idée sur la question.
« Dans notre département, l’ensemble de la population entretient de très mauvais rapports avec la police. Et pas seulement dans les zones chaudes. Au Samu, nous trions les appels et essayons d’avoir la réponse la mieux adaptée possible. En cas de tapage ou de bagarre, lorsque quelqu’un reste au sol, on envoie d’abord les moyens médicaux. Sur place, on évalue la situation et on appelle la police si besoin. En sachant très bien que, sur ce type d’événement, la présence des hommes de la BAC habillés comme des Rambo fait monter la pression. C’est une catastrophe », déplore Christophe Prudhomme, qui «  vit et travaille ici depuis vingt-cinq ans ».
A la question «  Faut-il envisager de faire accompagner les généralistes par des policiers ? » la réponse est catégorique : «  Vouloir faire accompagner chaque généraliste par une patrouille de police, c’est être complètement à côté de la plaque. Au SUR 93, nous avons des médecins femmes, elles connaissent les cités, elles y entrent et ne se font pas accompagner par la police. » Même au plus fort des échauffourées de l’automne dernier, aucun des médecins du Samu 93, aucun de ses véhicules n’a connu de problème ou de dégradation. «  Les quelques problèmes que nous rencontrons sont liés à la délinquance de droit commun. Une partie de l’agressivité de la population est liée aux difficultés d’accès aux soins et aux différences de traitement auxquelles je suis moi-même confronté. A partir du moment où il y a du respect, on arrive à trouver des solutions. La violence est un épiphénomène. Il faut s’attaquer à ses causes. Ce n’est pas en faisant accompagner les médecins par la police que l’on règlera le problème. »
  Une solution simple et gratuite revient aussi à demander systématiquement à un membre de la famille de l’appelant ou son conjoint(e) d’attendre le médecin en bas de l’immeuble ou de la résidence.

L’union fait-elle la force ?

Pour ceux qui rechignent à se déplacer ou se refusent à le faire sous bonne escorte, l’une des solutions possibles repose sur le regroupement. Classique ou sous forme de maison médicale. Dans le 93, «  les services de l’Etat ont participé à la mise en place d’une maison médicale à Aulnay-sous-Bois, rappelle le Dr Fellous. Nous en avons maintenant une deuxième à Saint-Denis, (visites à domicile de 20h à 8h) et un autre système qui fonctionne le dimanche sur une grosse partie du secteur, de 8h à 20h ».A Aulnay-sous-Bois, soixante-dix médecins généralistes volontaires font vivre la maison médicale de garde ouverte depuis le 1er septembre 2006 et situé dans l’enceinte de l’hôpital Robert-Ballanger. Chacun effectue trois gardes de quatre heures tous les six mois environ. Les libéraux participant au fonctionnement de ce type de structure touchent leurs honoraires plus un forfait correspondant à cette mission de service public. Autre avantage, et non des moindres, les craintes ou risques liés aux gardes de nuit sont réduites et la permanence de soins assurée.
Quelle que soit la solution retenue, «  il faut une entente de terrain pour continuer à assurer le service public. Car, derrière, c’est le malade chronique qui trinque, et c’est insupportable», tempête l’urgentiste Patrick Pelloux.

Alexandrine Civard-Racinais* pour le Panorama du médecin. N°5078, 12 novembre 2008. 

**www.uneplumesurunmur.fr

Organiser la sécurité au cabinet :

« Ce n’est pas le déplacement qui crée la dangerosité, assure Patrick Bouet, ancien président du Cdom de Seine-Saint-Denis et praticien dans ce département. La grande majorité des agressions ont lieu en pleine journée, au cabinet. » Un constat assez logique dans la mesure où l’immense majorité des actes s’y effectuent. « Il faut donc sécuriser en premier lieu son environnement professionnel. »
Sans transformer pour autant son cabinet en camp retranché, quelques conseils de bon sens permettent de limiter les risques :
-          INSTALLEZ une porte blindée avec cornières ;
-          METTEZ en place un interphone et une gâche électrique ( voire un système de téléalarme ou de télésurveillance) ;
-          REPERTORIEZ ET PHOTOGRAPHIIEZ vos objets de valeur, relevez les numéros de série, les types, les marques… ;
-          AFIN DE LIMITER LES PREJUDICES en cas d’agression ou de vol, dispersez à plusieurs endroits les sommes d’argent ou d’autres types de paiement ;
-          SIGNALEZ la fermeture prolongée de votre cabinet au commissariat de police le plus proche, qui pourra organiser des patrouilles aux abords du cabinet médical. Une certaine vigilance s’impose aussi, notamment en toute fin de journée et lorsque le patient prévu est inconnu. « Quand il ne reste plus que deux patients dans ma salle d’attente, l’un qui se présente pour la première fois, l’autre habitué du cabinet, je fais passer devant celui que je connais pas, de manière à ne pas rester seul avec lui », explique ce praticien de Seine-Saint-Denis.

Alexandrine Civard-Racinais 2008.

Tous les articles :
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Réflexion philosophique sur la relation soignant/soigné
Article paru sur le site www.cadredesante.com, le 25 février 2007, auteur: Jean-Marc Lebret
Vulnérabilité et souffrance du soignant : à la recherche de solutions
Par le Dr ALAIN MARIÉ, Quotidien du Médecin du 09 février 2009
Burn out des médecins libéraux, 1ere partie.
1ere partie : une pathologie de la relation d'aide. Dr Eric galam, revue "Médecine". Novembre 2007.
Burn out des médecins libéraux, 2e partie
2e partie : une identité professionnelle remise en question. Dr Eric galam, revue "Médecine". décembre 2007.
Burn out des médecins libéraux, 3e partie.
3e partie : des conséquences pour le médecin mais aussi pour ler patient. Dr Eric galam, revue "Médecine", janvier 2008.
Burn out des médecins libéraux, 4e partie.
4e partie : un problème individuel, professionnel et collectif. Dr Eric Galam, revue "Médecine", février 2008.
Burn-out en anesthésie réanimation : prévenir les risques psychosociaux
Par le Dr GÉRARD BOZET, Quotidien du médecin, N°8471 du 2 décembre 2008.
La douleur du soignant.
Par Evelyne Simonnet. Revue Tout Prévoir, le mensuel du praticien, octobre 208, n°395
La temporalité en consultation soignante
par le Dr Pascal Gleize. Article extrait des cahiers du cercle Nicolas
Andry - vol 2.
Les médecins : des patients pas comme les autres.
Le Médecin, septembre-octobre 2008. Dossier coordonnée par Arlette Chabrol.
Dysfonctionnement hospitalier : la colère d’un chirurgien orthopédiste
Le Quotidien du médecin. N°8433. Lundi 6 octobre 2008. Par le Dr Caroline Martineau.
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Avez-vous déjà été touché, de prés ou de loin, par le syndrome du "burn-out" ?