Le symptôme de la désacralisation du médecin.

Depuis 2002, l’Observatoire pour la sécurité des médecins recense les violences faites aux libéraux. Les agressions physiques restent stables, et les abus verbaux sont les plus nombreux.

Au cours de l’année 2006, 518 incidents ont été recensés (contre 638 en 2003), dont 60% chez les généralistes et 39% chez les spécialistes. « Effectivement, nous observons une plus forte déclaration de la part des médecins généralistes. C’est même devenu une donnée structurelle. La mise en place du médecin référent a peut-être joué un rôle, suppute Joaquim Soetard, directeur du développement Ipsos-public affairs, l’institut de sondage qui exploite depuis 2002 les chiffres émanant de l’Observatoire pour la sécurité des médecins. Le cabinet du généraliste a désormais une fonction d’aiguillage. »
Stable jusqu’alors (entre 400 et 600 déclarations par an), le taux de victimisation semble amorcer une légère hausse depuis le début de l’année. Au premier semestre 2007, 321 déclarations avaient déjà été enregistrées : « Les médecins ont longtemps pensé que les bousculades, les cris faisaient partie intégrante de leur exercice. Or les situations se tendent et se répètent, et nos médecins deviennent moins tolérants. Ils hésitent moins désormais à déclarer des situations qu’ils jugent anormales », estime Patrick Bouet, responsable de l’Observatoire pour la sécurité des médecins auprès de l’Ordre.

Le fait d’être un homme ou une femme ne change rien à l’affaire. En revanche, la localisation géographique du cabinet a une incidence sur le nombre de déclarations (et l’exposition au risque).
La Seine-Saint-Denis mais aussi les Hauts-de-Seine, le Val-de-Marne, le Nord ou encore l’Isère sont ainsi fortement contributeurs de l’enquête. De fait, le milieu urbain s’avère plus souvent touché (45%), principalement en centre ville. Lieu de déballage de toutes les souffrances, le cabinet est aussi l’endroit où le nombre d’incidents est le plus élevé (56%). Leur principale cause est un temps d’attente jugé excessif (12%). En dépit de ce constat, «  la visite à domicile continue à focaliser les craintes, surtout dans certaines zones urbaines » note Joaquim Soetard. 

Agressions physiques

Au cabinet, le refus de prescription (5%) ou un refus de certificat médical/travail (5%) sont autant de sources de conflits. Contrairement à certains idées reçues, les pathologies psychiatriques n’entrent que dans 3% des situations de tensions. Des pourcentages à relativiser dans la mesure où les médecins ne sont pas toujours en mesure de se prononcer (14%) ou d’identifier un motif particulier (28%).
  Les agressions verbales sont les plus fréquentes. Insultes, injures, cris sont le fait du patient lui-même ou de son escorte. Le plus souvent dirigés vers le médecin, ils peuvent aussi s’adresser à la secrétaire, à un assistant… « Avec la désacralisation du médecin, les patients entretiennent désormais un rapport plus direct avec ce dernier », analyse Joaquim Soetard. Rapport parfois frontal. Si le nombre de déclarations d’agressions verbales a connu une légère diminution en 2006 ( 39% contre 50% en 2005), vols ou tentatives de vols (29% contre 23%), les menaces proférées contre les praticiens libéraux ( 5% contre 3%) sont en augmentation. «  Il n’y a pas à proprement parler d’agresseurs types mais des patients excédés », confirme pour sa part Edgar Fellous, président du conseil départemental de l’Ordre de Seine-Saint-Denis. Dans ce département aussi, agressions verbales et vols constituent le lot commun. « Les agressions physiques sont exceptionnelles, mais très mal vécues par ceux qui les subissent. Elles sont marginales mais violentes, confirme le Dr Bouet, au niveau national. Nous avons eu à connaître des agressions par arme blanche qui ont abouti à des situations très difficiles. »
  Le recensement 2006 fait état de 14% d’agressions physiques, chiffre quasiment stable depuis quatre ans, pouvant entraîner une interruption temporaire de travail (dans 7% des cas). Ajoutons à cela les actes de vandalisme (10%), le plus souvent perpétrés au cabinet. Enfin, menaces, lettres anonymes représentent 5% des incidents. En revanche , la séquestration ou l’agression par chien interposé demeurent exceptionnelles ( pas de faits rapportés en 2006).

Alexandrine Civard-Racinais* pour Panorama du médecin. N°5078, 12 novembre 2007.
**www.uneplumesurunmur.fr

Savoir comment réagir

Prévenir la police : 
Après une agression dont vous avez été victime (ou témoin), le premier réflexe doit être de composer le 17 (depuis un poste fixe) ou le 112 (à partir d’un portable).

Porter plainte au commissariat le plus proche (24 heures/24) : 
Certains commissariats mettent à votre disposition un interlocuteur privilégié. C’est le cas par exemple dans les commissariats de Seine-Saint-Denis qui disposent de « référents médecins ». Deux possibilités s’offrent à vous : le dépôt d’une plainte ou d’une « main courante ». Cette dernière n’ouvre pas d’action judiciaire, mais permet de garder une trace de l’événement. Seize pour cent des médecins agressés choisissent cette option. Plus formel, le dépôt de plainte choisi par 39% des victimes fait l’objet d’un procès-verbal. Il est adressé au procureur de la République, qui décide de la suite à donner. Ce type de plainte a les préférences du Conseil national de l’Ordre et des conseils départementaux. Force est pourtant de constater que peu de médecins vont jusqu’au bout de la démarche : 39% des médecins agressés ne font « rien de cela ».

Remplir un formulaire de déclaration d’incidents auprès de l’Ordre
Le médecin libéral victime d’une agression peut enfin remplir un formulaire de déclaration d’incident rencontré. Rapprochez-vous de votre conseil départemental.
« En 2006, les dégradations matérielles sont celles qui ont occasionné le plus de plaintes. En revanche, les agressions verbales ou physiques n’ont pas donné systématiquement lieu à une plainte. Deux tiers à trois quarts des incidents ont échappé au circuit classique, souligne Joaquim Soetard, d’Ipsos. L’Observatoire pour la sécurité des médecins constitue une troisième voie, un moyen d’acter le problème auprès des autorités de tutelle, sans dépôt de plainte à proprement parler. »

* recensement national des incidents (année 2006)

Des violences aggravées

Depuis la loi du 18 mars 2003 sur la sécurité intérieure, les violences physiques perpétrées sur un professionnel de santé «  à l’occasion de l’exercice de ses fonctions ou à l’encontre et du fait de ses fonctions», constituent une circonstance aggravante. La famille du médecin ( conjoint(e), parents ou enfants) est également protégée. Le meurtre ( qui reste rare) d’un professionnel de santé en service est passible de réclusion criminelle à perpétuité.

La «simple» menace de commettre un crime ou un délit est punie de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende.
En cas de menace de mort en direction d’un médecin, la peine encourue est de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende (au maximum). Enfin, le fait d’user de menaces, de violences, ou d’actes d’intimidation pour obtenir satisfaction d’un praticien est passible de dix ans d’emprisonnement et de 150 000 euros d’amende. ( Article 221-4 et 433-3 du code pénal).

Alexandrine Civard-Racinais 

Tous les articles :
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Réflexion philosophique sur la relation soignant/soigné
Article paru sur le site www.cadredesante.com, le 25 février 2007, auteur: Jean-Marc Lebret
Vulnérabilité et souffrance du soignant : à la recherche de solutions
Par le Dr ALAIN MARIÉ, Quotidien du Médecin du 09 février 2009
Burn out des médecins libéraux, 1ere partie.
1ere partie : une pathologie de la relation d'aide. Dr Eric galam, revue "Médecine". Novembre 2007.
Burn out des médecins libéraux, 2e partie
2e partie : une identité professionnelle remise en question. Dr Eric galam, revue "Médecine". décembre 2007.
Burn out des médecins libéraux, 3e partie.
3e partie : des conséquences pour le médecin mais aussi pour ler patient. Dr Eric galam, revue "Médecine", janvier 2008.
Burn out des médecins libéraux, 4e partie.
4e partie : un problème individuel, professionnel et collectif. Dr Eric Galam, revue "Médecine", février 2008.
Burn-out en anesthésie réanimation : prévenir les risques psychosociaux
Par le Dr GÉRARD BOZET, Quotidien du médecin, N°8471 du 2 décembre 2008.
La douleur du soignant.
Par Evelyne Simonnet. Revue Tout Prévoir, le mensuel du praticien, octobre 208, n°395
La temporalité en consultation soignante
par le Dr Pascal Gleize. Article extrait des cahiers du cercle Nicolas
Andry - vol 2.
Les médecins : des patients pas comme les autres.
Le Médecin, septembre-octobre 2008. Dossier coordonnée par Arlette Chabrol.
Dysfonctionnement hospitalier : la colère d’un chirurgien orthopédiste
Le Quotidien du médecin. N°8433. Lundi 6 octobre 2008. Par le Dr Caroline Martineau.
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